De l’orgueil, considéré comme un des beaux arts.

Vienne la nuit

Forcément,  te parler de Marianne sans aborder le versant sombre de cet engagement, n’aurait pas été convenable. Pas convenable, ni respectueux parce qu’il faut bien le reconnaître, l’orgueil ou l’égo (appelle-le comme tu veux), amène souvent de bien tristes choses.

Alors oui, j’entends  parfois que l’on ne pèche jamais trop par orgueil. Que se retrouver dans un univers aussi violent, impitoyable et malsain que peut l’être la politique (surtout aujourd’hui), oblige à avoir recours aux mêmes pratiques, aux mêmes armures.

Si tu t’y connais un peu en psychologie, tu sais aussi bien que moi, quel colosse au pied d’argile représente une personne qui se protège par l’égo. L’armure égotiste n’a que de trop nombreuses failles et il suffit parfois d’un verbe acéré comme le fil d’une épée, pour que la cuirasse ne s’affaisse.

Sonne l’heure.

Je ne partage plus cette réflexion, car on pèche toujours par orgueil.

D’aussi loin que je me souvienne, par l’expérience que j’ai de cet Autre avec qui je partage mon esprit, je ne sais que trop la dévastation que cela engendre.

Parce qu’il est rare que l’orgueil, souvent mal placé, ne se cantonne qu’à la vie professionnelle. Il empiète, il dévie, se fraye un chemin, brise les digues pour submerger de ses vagues, ce que tu es vraiment.

Infâme torrent de boues et de roches.

Je pourrais aussi invoquer les souvenirs de ces situations aujourd’hui perdues et sur lesquelles, je t’entretiens assez souvent quant à leurs manques dans ma vie.

Je me souviens de ce trajet Carcassonne > Les Cévennes où j’étais le roi du monde. J’étais si bien, rien ne pouvait aller mieux: le copain, le boulot, la maison, les vacances.

Et puis, sont venus les bords de Loire, les dahlias du jardin botanique (ou « le bota » pour les turons) et enfin la nuit aux mille feux.

Aveuglé par tant de bienfaits, aveuglé par ce que j’étais devenu (une sorte de mécanique froide et abrupte); j’ai cessé de me rappeler que la roue de la fortune pouvait basculer à tout moment.

Les jours s’en vont

Et la roue de la fortune bascula.

Seulement quoi faire alors? J’en ai passé des nuits, des jours, des week-ends entiers à sonder mes abîmes et mes tunnels. J’ai erré avec grandeur et panache (car il en faut du panache) dans les ténèbres.

A bien y réfléchir, tels le Fou (ou le Mât), j’erre encore.

Hier encore, on me disait que nous avions tous nos côtés sombres. Je suis assez d’accord avec cette réflexion. Maintenant, la question porte simplement sur la destination du pèlerinage entrepris depuis quelques temps.

Car vois-tu, il ne manquait à cette démarche qu’un élément pour la rendre viable. Joseph Rouletabille dans « Le Mystère de la Chambre Jaune » a d’ailleurs ces mots:

_Tout ce que l’on ne voit pas et qui est énorme.

Et bien que sous mes yeux et de taille (TTBM), cet élément ne faisait pas partie intégrante de mon voyage (initiatique, oserai-je, un jour, le dire?).

En réalité, il ne me manque qu’un but, qu’un objectif. Car errer sur les chemins noirs ça va un temps mais de toi à moi, errer pour errer sans but, est-ce vraiment bien nécessaire?

Je demeure.

Toutefois, il semble que la fin du tunnel semble proche. Je ne dis pas qu’il n’y aura plus de risque d’y retourner (ne présageons pas connement de l’avenir), mais simplement la leçon semble intégrée.

Charge m’est alors donnée de persister à ne plus reproduire les vieux schémas du passé. Il va falloir se rappeler à inspecter la digue, entretenir les barrières et si la crue se présente, il faudra en maîtriser son onde et ouvrir les clapets à déversoir.

J’ai donc retroussé mes manches et nettoyé mon jardin. La coulée de boue intégrée au sol de ce dernier m’apportera l’engrais nécessaire pour faire éclore les plus belles des semences.

Je ne veux plus démissionner de ma vie au profit de l’hydre Orgueil. Il est donc non négociable que j’en subisse une fois encore les conséquences. Mais au-delà de moi, il s’agit aussi de protéger les autres et l’autre, qui ont choisi de mêler leurs vies à la mienne. En premier lieu ma famille et mes amis. En second lieu et si il se présente, l’homme de ma vie (much romantisme).

Je ne veux plus vous voir emporter par la fureur des flots grondants de mon ego.

Ainsi, vois-tu, je ne m’emporte pas, je ne m’emporte plus. C’est une énergie canalisée qui me constitue.

Enfin, si la même chose t’arrive: sois fort, sois grand. On y arrive toujours car sous le pont Mirabeau, ce n’est pas l’eau de la Seine qui s’écoule, c’est le temps qui s’égraine.

Ton dévoué.

Chapardeur.

 

(Tu as peut être reconnu, en gras, une strophe du poême « Le Pont Mirabeau » d’Apollinaire: Vienne la nuit sonne l’heure; Les jours s’en vont je demeure. Je l’ai choisi car il parle du cycle de l’amour, pareil à l’eau, pareil au temps. Je trouvais qu’il allait parfaitement avec ce que je voulais partager avec toi).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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