La mare aux fées.

Jardin de France, ce 04 Nivose 2014.

 

Vous ai-je déjà parlé de ma fidèle forêt ? Non, quel oubli de ma part. Laissez-moi réparer cette omission alors.  Il s’agit donc d’un bel endroit où cohabitent à la fois les arbres, les grandes étendues de cultures agricoles mais aussi les points d’eau. Il y fourmille un nombre important de petits et gros habitants. Cela va donc de la mignonne mésange bleue au fier cerf, roi de ces lieux. Je n’en ai vu qu’un d’ailleurs, c’était un soir au bord du chemin, quelle prestance, quelle élégance, quelle grandeur… Enfin, c’est un lieu empreint d’une certaine présence, je m’y sens bien.

Donc au printemps dernier, me revoici sous les vertes canopées d’arbres pluri-centenaires. Il y a de tous en vénérables là-bas : les grands Ormes, les puissants Chênes, les fins Châtaigniers, les volatiles Pins Sylvestre, les majestueux Charmes… Je conversais avec chacun d’eux donc durant ma promenade d’après-midi quant au détour d’une allée forestière je tombais sur une magnifique petite mare que je n’avais jamais vu. Un havre de paix, presqu’intemporel. La beauté du lieu sous les doux rayons de l’astre de vie en était que plus grande. Un halo de sérénité entourait cet espace et voir dame Galadriel apparaître soudainement pour s’étendre sur un tapis de mousse au bord de la berge ne m’aurait pas plus choqué que cela, au contraire. La forme de la mare était stupéfiante car elle prenait celle d’un cœur autour duquel de grands chênes avaient projetées leurs racines, secondés par d’épais houx. Au milieu de ce cœur, une presqu’ile recouverte d’une mousse d’un vert profond avançait sur l’onde où une multitude de lentilles d’eau se mêlait au bleu aquatique.

Quel spectacle ! Je décidai instamment d’y emmener, quand il serait avec moi, celui qui partageait alors ma destinée.

Nous revîmes donc à la belle saison, promenade sensuelle à l’abri des regards indiscrets occultés par mes nombreux amis qui se faisaient les complices bienveillants de notre intimité. Nous étions heureux de nos corps s’entremêlant, s’égarant dans les bras l’un de l’autre, la journée fut belle, emplie d’une atmosphère romanesque et spontanée. Mais ce jour-ci, impossible de retrouver le bel endroit. IMPOSSIBLE, vous dis-je. Déçu, je le fus mais je me promis de retrouver cet îlot d’apaisement.

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Puis les grands évènements, orage, ouragan, accalmie, tsunami de sentiments sur lesquels j’ai déjà beaucoup voir trop écrit. Mais l’idée fixe demeura, A chaque moments passés ici je m’enfuyais sous le vert bouclier de mes gardiens pour me ressourcer et dénicher une fois encore ce lieu de beaux présages. Les quêtes se soldaient par des échecs consécutifs… Diable, avais-je rêvé, fantasmé ce lieu ?

Et puis ce matin au levé, je décidai qu’il en serait autrement ! J’y retournerai, armé de mon bâton de noisetier et je la retrouverai cette minuscule mais profonde étendue d’eau. Même si j’y devais passer deux jours, je la retrouverai !

Bonnet à pompon vissé sur la tête, écharpe autour du cou, gants en cuir sur les mains, bottes : voilà j’étais prêt. L’incursion débuta. J’ai marché du Nord au Sud, d’Est en Ouest, je l’aurai parcouru en tous sens cette contrée giboyeuse et arboricole. En long, en large et en travers, toujours aucun signe de la sereine présence. La patience s’amoindrissait, ma volonté fondait comme neige au soleil. Deux heures s’étaient écoulées et je demeurais toujours penaud, les mains vides. La lumière faiblissait, les nuages se faisaient plus sombres, une légère mais glaciale brise se leva d’un coup. La partie ne tournait pas à mon avantage. De retour sur l’allée forestière centrale je commençais à me dire que cela n’allait pas être aussi simple que je l’avais imaginé. Alors, j’ai fermé les yeux et tout en me concentrant sur ma respiration, je demandai à dame nature de m’envoyer un signe pour me guider. Je ne suis pas homme à demander de l’aide et cela me joua certain vilains tours, pas assez humble le bonhomme parfois, mais la leçon commence à porter ses fruits, il semblerait.

Alors je rouvris mes yeux et entrepris de continuer ma marche sur le sentier qui s’ouvrait devant moi. Au loin, soudainement je vis quelque chose bouger. La distance me séparant de l’animal était encore trop importante et je ne pouvais distinguer de qui il s’agissait. Je me portais à sa rencontre. C’est après quelque dizaine de mètres que je m’aperçus qu’il s’agissait d’un jeune chevreuil se nourrissant de baies et autres petites victuailles des bois. Je m’avançais encore. Il me vit, redressa ses oreilles et d’un bond, presque sans efforts, il regagna la protection des branches basses et autres troncs mousseux. Pas un bruit de feuilles, même pas le son d’une brindille que l’on casse. Juste l’agilité et la souplesse à l’état pur, rien de plus. Fugace vision. Je notais intérieurement la direction de sa fuite soudaine. À gauche. Et bien au prochain croisement avec un autre sentier ce sera à gauche toute, mon Capitaine. Je me laissais porter par cette vision singulière, sauvage et tellement pur de ce jeune cervidé. Enfin je débouchais sur une seconde allée forestière, je ne la connaissais que trop bien, c’est en effet sur cette dernière que j’entreprennais très souvent le début de mes périples sylvestres.

Je continuai mon chemin bercé par le chant des petits volatiles. Je me demandai bien ce que finalement je faisais sur cette travée que je connaissais comme ma poche. Ma mare ne pouvait y être. J’avais déjà ratissé ce territoire de fond en comble.

Grossière erreur Chapardeur ! C’est justement là, derrière d’épais fourrés que je la revis pour la seconde fois de mon existence. La Mare aux fées. Nette, subtile, délicate et toujours aussi sereine. Spectacle grandiose de magie naturelle où se mêle tantôt le bruit de l’eau, tantôt Éole dans le ramage des vénérables. Rien n’avait changé depuis cette première entrevue et la description que je vous fis plus haut n’avait pas évolué d’un iota. Absolument rien ! Juste entre le sentier où je me trouvais et la presqu’ile deux troncs semblaient servir de pont entre les deux rives. Devant moi, chacun allaient dans une direction opposées pour se retrouver une fois l’eau passée sur la même place, au milieu de la péninsule. Quel plus beau symbole n’est-il pas ?

Heureux et ému de cette découverte je profitais de ce lieu pour m’asseoir sur la berge centrale, adossé à un chêne et je remerciais Dame Nature de m’avoir conduit jusqu’ici. C’est seulement à ce moment précis que je pris conscience de la belle épopée que j’avais entreprise et qui me donnait son enseignement.

La première réflexion qui me vint était que la patience était une force à laquelle il fallait succomber pleine et entière, dans la plus sincère sérénité. Car de la patience il m’en aura fallu à travers les différentes incursions, les sentiers qui ne débouchaient sur rien, la tristesse de repartir bredouille. Mais jamais il ne fallait se décourager.

La deuxième réflexion portait sur le fait que l’on complexifie trop les choses, on s’égare trop loin alors que le principal est souvent sous notre regard, à porter de main. Combien de fois suis-je passé à côté de la mare aux fées sans y prêter la plus petite attention. Combien de fois ?

Alors oui, ce matin j’ai probablement vécut une superbe leçon de vie qui vient faire échos quant à la situation que je traverse. Je dois m’en nourrir pour avancer et peut être que l’hiver prochain je reviendrai avec lui, profiter de ce doux spectacle.

Mais au fait, pourquoi devrions nous attendre l’hiver si tout va pour le mieux ?

Je vous souhaite, à vous qui m’avez accompagnés durant ce voyage, un merveilleux noël, accompagnés de ceux qui vous sont chers. Puisse ce dernier être emplis d’amour, de joie, de bienveillance et de bonheur.

 Bien à vous.

 

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