Une vue à couper le souffle.

Maestro!

Non loin d’une Confluence/ La Capitale des Lumières, ce 06 Ventose 2015.

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Je cours le manteau au vent, la mèche hirsute. Je traverse la ville rebelle en long en large et en travers. Je virevolte d’arches en lourdes portes cochères. Me suivre dans ce dédalle de pierres, de flores et d’Histoire est juste impossible. Mais pourquoi ? Car j’ai revu le reflet que je pensais avoir enterré il y a plus de trois ans de cela. La rupture, le manque d’un autre pour le canaliser et ne plus s’en préoccuper et soudain il revint. Que faire ?

Alors je fuis, je fuis à mon tour, je fuis tout simplement car il le faut. Je fuis le retour de Valmont, mon autre, ce double d’égo et de chaire. Il le faut, Je ne peux pas l’abattre pour le moment, c’est à peine si je peux le maintenir à distance.  Il le faut, le souffle court et les jambes aussi dures que le marbre des statues du palais Saint Pierre. Il le faut, ne pas se retourner et apercevoir le sourire radieux et difforme de celui qui a fui le premier et qui aidé par cette narcisse de pleurs et de sang, refait chaque jour un peu plus surface. Il le faut, ne pas succomber aux primaires demandes de ces autres qui souhaitent devenir mon satellite pour une heure, une nuit. Il le faut, regard rivé sur le chemin qui me conduit au sommet de la colline de la Soie, vers ma Chapardière. Il le faut….

J’ignore comment je trouve le courage pour continuer à avancer à bâtons rompus. La locomotive de ma vie est lancée et elle prend de la vitesse, tant pis si certains wagons se détachent, il faut continuer, il faut avancer, il faut nourrir ce monstre de feu et d’acier. Toutes voiles dehors, Chapardeur est aux commandes, personne ne le freinera. Personne ne le peut d’ailleurs.  Mais quoi ? Il en faut du courage pour faire face et là pour le moment je dois mettre le plus de distance possible entre ces deux-là et moi, sinon je n’y arriverais pas.

Oui, je suis sortie de ma zone de confort. Mais replonger à quoi cela servirait-il, sinon à annihiler ces belles avancées et ses belles découvertes sur ce qui fait maintenant ma singularité. Autodafé de ces belles  soirées à pleurer, espérer et se forger. Oui, évidemment j’aimerais qu’il en soit le premier à en bénéficier mais la vie est cruelle et je sais que le jardinier d’hier, celui qui a entretenu l’arbre de son principal verger n’est pas forcément celui qui en dégustera le fruit.

Alors en attendant je poursuis le travail de culture et dieu que je suis doué pour cela. C’est comme danser au cœur du feu sans se brûler, ni s’étouffer. Je le fais hurler, flamber et chauffer pour vous, pour moi, pour nous.

 « Par-delà les océans, la terre gronde de ma volonté et de ma candeur.

Je n’ai plus de rêves brisés, je n’ai que des songes qui s’évaporent.

Les flocons de cendre recouvrent le miroir aux malheurs.

Je me pâme devant ces cœurs heureux.

Je danse au milieu du feu,

Je mire ma vie

De furie. »

***

  Et finalement, après trois soirées collés l’un à l’autre, trois jours à se parler en permanence, comme des adolescents qui découvriraient l’amour, plus rien. Le signal est coupé, à vous les studios, à vous Cognac-Jay.

Plus rien ne pouvait arriver, notre relation était impossible. Il est journaliste politique, je suis attaché de presse d’élus. Nous travaillons régulièrement ensemble et lui comme moi voyons mal comme il pourrait en être autrement.

« – Non, il ne peut rien se passer de plus, tu es un politique, je suis un journaliste, imagine la tête des auditeurs si il se passait quelque chose !

–  Ah parce que tu comptes annoncer que l’on couche ensemble entre le flash de 7:30 et 190km de bouchons ? »

Mon cynisme est total, je me fous de cette relation qui ne se développe qu’en mode « un pas en avant, trois pas en arrière » depuis un an. Il est en couple, moi aussi, nous nous quittons tous les mois et nous remettons ensemble à chaque fois que l’on se croise dans les couloirs de la maison ronde, c’est à dire régulièrement…

Nous revoilà donc, moi et mon surmoi en face à face dans cet appartement lugubre, à quelques encablures de l’Étoile. Nous nous regardons l’un et l’autre avec rage et dégoût. Pourquoi ? Parce que j’ai été infidèle. Infidèle à celui qui depuis 2 ans supporte ma vie effrénée, me soutient dans chaque moment, heureux ou difficile. M’aide même à interpréter ces putains de sondages que je commande avec frénésie chaque semaine depuis six mois pour entrapercevoir un frémissement d’opinion concernant MON candidat. J’ai trahi cet homme qui m’a donné sa confiance, son amour et sa patience. Au-delà du sexe, il le pardonnerait et je me le pardonne déjà. J’ai aimé un autre homme. J’ai partagé mon lit avec un autre homme pour bien plus qu’une nuit. Je me sens sale, je me sens mauvais, méchant, et surtout tellement stupide…

Alors ce soir-là, la décision est prise. Plus de SMS, plus d’appel, j’arrive même à obtenir un autre interviewer pour mes élus. Plus aucun contact. Tu m’avais promis, bêtement j’y ai cru et alors que je me mentais à moi-même, tu en profitais pour me mentir aussi. Dommage, je te ferais payer le prix de ta culpabilité et de la mienne aussi.

 ***

Alors nous en sommes là ce soir, cette nuit. La complète sérénité, la parfaite inertie, vertu d’équilibre et de silence consenti. Mon jugement n’est plus obscurci par les vilénies, les turpitudes que je choyais pour me morfondre avec joie et entrain. La méditation a repris il y a quelques soleil de cela et le feu que j’ai de nouveau allumé est resplendissant de protection.

Il est vrai que par rapport à toi le fils de diplomate, je n’ai pas fauté aussi sèchement envers l’homme qui comme toi partageait les tourments d’une vie soumise aux caprices de l’infâme maitresse publique. Non, je n’ai pas eu l’outrecuidance d’aimer un autre cœur que le sien, car de cela je n’en suis pas capable. Le saurait-il un jour, le comprendrait-il enfin ? Je ne sais et je ne me perds désormais plu à tenter de le savoir. Il s’agit ici de son chemin, de sa trame de vie à lui.

J’ai déjà assez avec la mienne dont les cadrages ont été revu il y a quelques lune de flammes plus tôt. J’ai décoché pour lui toutes mes flèches, tous mes carreaux d’arbalète, certain ont peut-être fait mouche, d’autres se sont certainement égarés dans l’obscurité la plus complète, ne subsistant que l’écho de leurs chutes. Mon carquois est désormais vide ce soir, cette nuit et j’en ai finis de lui. J’en ai finis de ces ténébreuses toiles crépusculaires dans lesquelles je le peignais entouré de ces dieux orgiaques et avilissants. J’en ai finis de le sculpter au bras de son amour retrouvé. Finalement, s’il put me terrasser grâce aux bras d’un autre, je suis alors l’ancien compagnon le plus heureux de cette terre. À quelques jours du commencement de sa trentième année, rien ne pourrait plus me rasséréner. Vous feintez de l’ignorer, mais c’est bien que quelque chose s’est tué.

Ce  festival de flammes fumantes et frémissantes hurle mon nom. J’y cours, y plonge et ressurgit. Je suis un oiseau de nuit solitaire et brûlant. Ouvrez votre génie au cinglant et vivifiant étendard d’une belle nuit d’accalmie. Prenez ma main et devant cette vue à couper le souffle, je vous entraine au milieu du foyer qui n’en finit plus de festoyer sur ce qui désormais appartient au passé.

***

 Ce 30 mars je suis à Orly, il est 6:30, j’attends la porte d’embarquement de mon vol pour Nice. La bas, le chauffeur de l’élu m’attends déjà pour me mener à destination d’un grand Hôtel où se tiennent les conférences de presse. Je dois y être à 9:30 pour préparer le point presse de midi et surtout le discours de victoire le soir même. Je reste dans cette ville la nuit aussi. Je dors dans cet hôtel que j’aime, terrasse vue sur la Méditerranée.

Alors que mon vol s’affiche, son numéro s’affiche. Le jour du second tour je ne peux me payer le luxe de refuser son appel. Je décroche, il me demande comment je vais et si nous pouvons nous voir pour négocier la paix. Il veut interviewer la championne (à cette heure-ci nous ne le savions pas encore) qui aura réussi à faire basculer son territoire.

Je refuse poliment la première option lui expliquant (quel manque de courage…) que je ne serais pas contre mais que je suis à 800km de Paris et lui propose d’interviewer la candidate le mardi matin afin que je puisse contrôler le contenu de l’interview. J’exige d’avoir les questions avant pour faire en sorte qu’il refuse, et annule son projet d’interview. A ma grande surprise il accepte de mes les communiquer. Merde ! Il m’a eu le con, je ne  peux plus faire marche arrière, j’accepte le deal et raccroche. Quelques minutes plus tard le mail tombe avec les questions (et les relances potentielles). Je lis attentivement chacune d’entre elles. Décidément que ce garçon est doué pour l’interview politique. Les questions sont pertinentes, sourcées, neutres.

20:00. Mon candidat nous le savons depuis 40 minutes a gagné. 65% des électeurs se sont portés sur lui. Mais ce n’est pas mon sujet, la province ne m’intéresse pas ce soir, cette ville encore moins, je voudrais être avec mon amie, ma candidate celle qui vient-elle de m’apprendre par un SMS ne pense pas être élue. Avec mon autre amie, élue d’opposition implantée depuis toujours et qui aux derniers bruits dans Paris risque de faire la bascule.)

Le candidat s’avance heureux comme un gosse sur l’estrade, lis avec émotion le texte que je lui rédigé quelques jours avant, les photographes se bousculent, la PQR me harcèle pour une interview « exclusive » et moi je reste sourd et muet. Je le regarde, je l’écoute, je sens son bonheur. Il finit, balaye la salle du regard, entre en contact avec le mien et me fais un clin d’œil. Bravo champion tu as réussi. Ensuite nous nous engouffrons dans les voitures a cocarde qui nous attendent devant l’Hôtel, direction le QG de campagne pour saluer les militants. La soirée se poursuit, je quitte être joyeuse troupe une heure plus tard pour rejoindre ma chambre d’hôtel et le lit qui me tend les bras.

Les résultats de Paris se font attendre, on sait déjà quasiment avec certitude qu’NKM n’est pas élue mais on ne connaît pas encore les résultats arrondissement par arrondissement.

Les SMS commencent à tomber, les dépêches AFP aussi.

L’amie 1 est réélue Conseillère de Paris avec un score incroyable dans un arrondissement aussi enraciné à gauche et après avoir provoqué un second tour, ce qui ne s’était pas produit depuis 1995.

L’amie 2, elle est paniquée, incertaine, je l’aperçois dans mon écran de TV au QG d’NKM taper un SMS, bizarrement mon téléphone vibre à ce moment-là, c’est elle. « Toujours pas de résultat définitif, les bureaux de votes sont trop serrés, je gagnerai à 50,1% ». Au même moment la dépêche AFP tombe, elle fait basculer son territoire à 50,5%. Je lui dis et lui envoie un screenshot de la dépêche, sa réponse un émoticone cœur. Je pense a elle, à la rudesse de la campagne qu’elle a subie de son propre camp, de ces nuits passées dans son bureau ou dans le mien a travailler la carte électorale de cet arrondissement, à préparer chaque action, chaque tractage, collage, boitage. Ces nuits entières à lui faire répéter ses discours, à la filmer pour le meditraining que je lui faisais.

A cet instant, je suis heureux pour elle. Mais aussi égoïstement pour moi. Je me dis « Well done mon gars, t’as bien bossé tu peux te coucher, 17 candidats, tous élus. » C’est à ce moment-là que l’autre me rappelle. « T’es ou ? Tu fais quoi ? Je veux ta candidate demain à 8:30. » Docile et fier d’avoir réussi, j’accepte. J’entame ma nuit courte puisque je sauterai dans le premier avion pour Paris demain matin. Je la préviens, elle me dit avec son ton habituel :  » tu sais que t’es chiant hein ? ». Elle rit, moi aussi. Je m’endors sur cette victoire. Alors que demain, une autre bataille s’enclenchera quand j’entrerai dans son studio, celle-ci beaucoup plus rude. Celle d’affronter les sentiments que j’ai encore pour lui…

Bien à vous!

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